La naissance de l’Eglise copte

La constitution de l’Eglise copte

L’Egypte romaine et byzantine
L’Egypte chrétienne a approximativement les mêmes limites géographiques que le pays que nous désignons sous ce nom. Ces frontières sont particulièrement stables depuis une haute Antiquité, même si on peut parfois noter quelques changements, comme la perte de la Basse-Nubie (Dodécaschène) en 298 par Dioclétien. Cette région est restée majoritairement chrétienne jusqu’au 12ème siècle.
L’Egypte lagide est annexée par l’Empire romain en 30 av. J.-C, après la victoire d’Octave sur Marc Antoine et Cléopâtre, et devient alors une province impériale soumise à un gouverneur équestre appelé préfet. D’abord propriété personnelle de l’empereur représenté par ce préfet d’Egypte, l’Egypte n’accède au statut provincial que sous Dioclétien. A partir de cet empereur, l’Egypte est rattachée au diocèse d’Orient, avant de devenir un diocèse indépendant vers 380-381. Ce diocèse inclut la Libye, puis la Tripolitaine à la fin du VIe siècle. Le préfet d’Egypte prend le titre d’augustal entre 380 et 382. Cette région reste sous domination romaine, puis byzantine jusqu’à la conquête arabe en 641, même s’il faut signaler une brève occupation sassanide entre 619 et 629. On estime qu’il y avait environ 5 millions d’habitants, même s’il faut toujours faire preuve de prudence avec ces estimations. Des peuples non égyptiens comme les Blemmyes pouvaient vivre sur les marges de l’Egypte.
A leur arrivée, les Romains durcissent les distinctions ethniques entre « Grecs » et « Egyptiens », mais ces statuts personnels disparaissent, puisqu’à l’époque byzantine, le terme de « Grecs » désigne les païens, par opposition aux chrétiens. Une distinction entre « Grecs » et « Coptes » réapparait cependant après l’éclatement de la querelle monophysite, dans les dernières décennies de la domination byzantine, et se renforce sous la domination musulmane pour marquer l’opposition entre les deux Eglises. Les « Grecs » sont les partisans de la doctrine de l’Eglise de Constantinople, tandis que les Coptes sont les fidèles de l’Eglise monophysite d’Egypte.

Les débuts du christianisme en Egypte et l’affirmation du siège alexandrin
La tradition copte fait remonter l’évangélisation de l’Egypte à l’apôtre Marc, traducteur et interprète de Pierre, en s’appuyant notamment sur la Première Epître de Pierre, où l’apôtre transmet les salutations de « la communauté des élus qui est à Babylone ». Babylone étant pour les Coptes, la Babylone d’Egypte. On peut aussi signaler qu’un des premiers missionnaires chrétiens, Apollos, est originaire d’Alexandrie.
Malgré cela, les débuts du christianisme en Egypte restent obscurs. Cependant dès le début du 3ème siècle, les chrétiens sont une minorité active et dynamique. La christianisation a touché les deux grands groupes ethnico-culturels du pays : les Grecs et les Coptes. Après le 4ème siècle, les chrétiens deviennent progressivement majoritaires, bénéficiant d’une Eglise fortement organisée et dirigée par un seul chef.
Alexandrie bénéficie, dès la fin du 2ème siècle et du début du 3ème siècle, d’une école de renom, d’abord dirigée par des laïcs, avant de passer en 230 sous le contrôle de l’évêque Démétrios. Denys d’Alexandrie (248-265) est le premier à envoyer des lettres festales aux « fidèles d’Egypte ». Le maillage épiscopal progresse rapidement, même si l’épiscopat de Pierre d’Alexandrie (300-311) est marqué par le schisme mélitien. Les sources divergent quant aux causes de ce schisme, mais on peut toutefois supposer qu’il traduit, au moins en partie, une volonté de résistance au centralisme alexandrin. Le concile de Nicée intervient sur cette question et une solution semble avoir été trouvée à l’époque d’Alexandre mais le conflit se ravive avec l’élection d’Athanase, contestée par les évêques mélitiens qui la jugent entachée d’irrégularités. Ces derniers remportent au concile de Tyr (335) une victoire sans lendemain et Athanase est exilé quelques temps à Trèves. Le schisme disparaît peu à peu, mais subsiste dans quelques communautés isolées jusqu’au 8ème siècle.
Le centralisme alexandrin est renforcé par la (forte) personnalité des différents évêques qui occupent ce siège. A Athanase, succède Pierre (367-381), puis Timothée, le frère de Pierre (381-385) et Théophile (385-412). Cette période est marquée par une rivalité entre les sièges d’Orient : Alexandrie, Antioche et Constantinople. A l’occasion de la crise origéniste, l’évêque alexandrin parvient à faire condamner Jean Chrysostome, mais s’aliène en retour l’évêque de Rome. Ce conflit préfigure déjà le repli sur soi de l’Eglise d’Egypte. C’est sous son épiscopat que meurt Didyme l’Aveugle (vers 398), le dernier grand maître de l’école d’Alexandrie. L’action de Théophile est poursuivie par son neveu Cyrille (414-444). Ses méthodes violentes entrainent des tensions avec le pouvoir civil. Parmi les exemples les plus connus, on peut citer la mise à mort de la philosophe païenne Hypatie. Cyrille déploie aussi une intense activité missionnaire. Son contemporain, qui lui sert aussi de « bras armé », le moine Chenouti d’Atripe, est un des plus importants écrivains de langue copte et un des fondateurs de cette littérature.

Le triomphe du monophysisme et l’affirmation de l’identité copte

      La victoire du parti alexandrin au concile d’Ephèse, ne met cependant pas fin aux querelles doctrinales et les débats christologiques se poursuivent. Se revendiquant de l’enseignement de Cyrille d’Alexandrie, des théologiens vont insister, dans le sens inverse de Nestorius, sur la prédominance de la nature divine du Christ qui finit par absorber sa nature humaine, rompant ainsi l’équilibre entre les deux natures. Cette position condamnée au concile de Chalcédoine (451), qui approuve le dyophysisme, est dorénavant qualifiée de monophysite (ou plus récemment de « miaphysite », dans un souci œcuménique). Malgré sa condamnation, cette position se maintient particulièrement en Egypte auprès des moines de langue copte qui bénéficient du soutien de la population. Une hiérarchie parallèle parvient à se constituer grâce à l’action de Jacques Baradée qui ordonne des évêques monophysites. Parmi eux Pierre d’Alexandrie qui, dès son avènement, crée à son tour une hiérarchie monophysite en Egypte, puisqu’il ordonne d’un coup 70 évêques de son parti. Après une période de tensions, Jacques Baradée finit par le reconnaître comme patriarche légitime.

    En Egypte deux hiérarchies finissent par coexister : l’Eglise chalcédonienne (qu’on nommera ensuite « Eglise melkite ») et l’Eglise monophysite qui devient l’Eglise copte. La première bénéficie du soutien officiel de l’empereur, mais la deuxième s’appuie sur la population. La conquête musulmane permet le triomphe de la deuxième Eglise, même si la première Eglise subsiste encore de nos jours. En effet, non seulement l’Eglise chalcédonienne ne peut plus s’appuyer sur l’empereur pour combattre les dissidents, mais en plus elle s’attire la méfiance des pouvoirs musulmans qui la tiennent pour plus suspecte, du fait de son accord avec l’Eglise de Constantinople.

Le copte

La langue copte
L’égyptien est une langue chamito-sémitique. Elle n’a pas de déclinaisons et conserve deux types de conjugaison : l’un où l’indication de personne est suffixée, l’autre, plus fréquente, où l’élément personnel est préfixé. Cette langue a connu trois formes d’écritures : le hiéroglyphique, le hiératique et le démotique. Le copte est le nom donné au dernier état de la langue égyptienne. En effet, après la conquête grecque les Egyptiens vont progressivement adopter l’alphabet grec auquel ils ajoutent des caractères issus du démotique (mais adaptés à l’onciale grecque) pour les sons qui n’existaient pas en grec. Le nombre de ces ajouts varie en fonction des dialectes : 6 en sahidique, jusqu’à 10 dans d’autres dialectes. Outre la littérature, la langue copte est aussi attestée par des textes documentaires (contrats, lettres, comptes, etc.).
Le copte se développe surtout à partir du 4ème siècle. A la fin du 8ème siècle, le grec est complètement supplanté par le copte dans la vie de tous les jours. Celui-ci disparaît à son tour au profit de l’arabe, restant désormais confiné à l’usage religieux, et aujourd’hui le copte est une langue morte réservée à l’usage liturgique. Il survit dans le dialecte bohaïrique, de l’arabe bahari « maritime », qui équivaut en Egypte à « septentrional ».

La littérature copte
La durée de vie de la langue et de la littérature copte va du 2ème et 3ème siècle au 11ème siècle, ce qui n’empêche pas de trouver ponctuellement une œuvre postérieure en copte. La dernière œuvre copte connue est Le Triadon (14ème siècle). Cette littérature copte est presque entièrement religieuse, même s’il existe quelques traités scientifiques.
Il est difficile de tracer une véritable histoire littéraire, on peut en revanche distinguer les ouvrages de traduction et les compositions originales. Le premier texte est bien sûr la Bible, mais la situation est très variable d’un dialecte à l’autre. En sahidique, il ne semble pas y avoir eu de Bible complète, en revanche on a publié certains livres (Psautier, Proverbes, Petits prophètes). En bohaïrique, la situation est meilleure puisque ce dialecte s’est imposé à toute l’Egypte comme langue liturgique. En revanche dans les autres dialectes, akhmimique, fayoumique, moyen-égyptien et lycopolitain (subakhmimique) les traductions sont encore moins nombreuses. La langue copte a aussi conservé beaucoup de textes « apocryphes ».
Les textes patristiques, les documents non égyptiens, mais aussi les alexandrins avant l’invasion musulmane, ont de toute évidence été écrits non en copte mais en grec. Pour l’hagiographie, il est toutefois plus difficile de déterminer la langue d’origine. Contrairement à l’Arménie, l’histoire est un genre littéraire peu pratiqué par les Coptes. Après le concile de Chalcédoine et surtout après la conquête arabe, les écrivains religieux sont presque tous de langue copte.

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