L’Eglise d’Orient

       L’Eglise d’Orient est située sur le territoire du principal adversaire de l’empire romain : l’empire perse sassanide. Elle va recueillir les « hérétiques » (nestoriens puis monophysites). Il existe bien des traditions antérieures à l’époque sassanide, mais celles-ci reposent sur des documents peu fiables. Ainsi, même si le christianisme s’est certainement implanté avant 224,  aucune information précise ne peut être donnée. Sozomène, évoque l’Arménie comme source du christianisme iranien, mais les historiens modernes jugent cette hypothèse peu probable. On pense plutôt que les premiers missionnaires chrétiens venaient  d’Edesse et  fondèrent des communautés chrétiennes d’expression syriaque. A cette époque, le mazdéisme était encore trop peu organisé pour être intolérant. L’avènement de la dynastie sassanide (Ardashîr 226-240) a sur le christianisme des effets contrastés. Les campagnes de Shâpur Ier (240-272), par le biais des déportations, amènent de nombreux chrétiens dans l’Empire perse. D’autres déportations eurent lieu sous Shâpur II, entre 348 et 363 et jusqu’au 6ème siècle. Parmi les déportés, figurent des clercs et mêmes des évêques (Héliodore de Bet Zabdaï).  Le christianisme en Perse, se trouve donc composé par deux groupes ayant une origine, une langue et une culture différentes, même si le syriaque domine largement. De fait, on peut rencontrer plusieurs évêques dans une même ville.

 La politique religieuse des rois de Perse

        Hormiz Ier et Vahram Ier (273-276) ont une attitude tolérante envers les chrétiens, en revanche Vahram II (276-292) persécute les minorités religieuses. Les successeurs de Vahram II (293-340) en reviennent à une politique de tolérance. L’Eglise de Perse profite de ce temps pour se développer institutionnellement. Ce développement ne se fait pas sans crise et Papa bar Aggai, l’évêque de Séleucie-Ctésiphon, doit faire face à l’opposition de plusieurs de ses collègues. Un seul évêque du pays, Jean d’Amida, a pris part au concile de Nicée.[1]

     Les dernières années du long règne de Shâpûr II (309-379) sont celles du « grand massacre » (340-383), qui est la plus grande persécution qui se soit abattue sur le christianisme perse. Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer celle-ci :

–       le poids croissant des mages

–       les tensions avec l’empire romain, le propre frère du roi s’enfuit dans l’empire romain et se convertit au christianisme.

      Au départ il s’agit de mesures vexatoires, puis l’évêque Siméon est mis à mort (14 septembre 344) et une persécution sanglante commence à partir de 345. Cette persécution continue sous le règne de son frère et successeur Ardashîr (379-383). Shâpür III (383-388) se montre plus tolérant et libère des chrétiens de prison et Vahram IV (388-399) ne semble pas avoir repris la persécution. Mais c’est surtout sous Yazgard Ier (399-420) que la situation de l’Eglise s’améliore. Celui-ci voulant se libérer de la tutelle des mages et se rapprocher de l’empire romain, se montre très favorable aux chrétiens. Plus tard, d’autres  rois comme Xusro Ier et Xusro II (591-628) suivront son exemple et se montreront assez bienveillants envers les chrétiens.

     En résumé, on peut dire que les persécutions ne sont pas systématiques. Il y a souvent une indifférence des souverains et les périodes de persécutions coïncident avec les luttes contre Byzance.

 La séparation de l’Eglise de Perse

        C’est sous le règne de Yazgard Ier (399-420) que peut se réunir le concile de Séleucie-Ctésiphon (février 410) qui reçoit les décisions de Nicée. Il établit une hiérarchie plus stricte dans l’Eglise. Une première tentative avait déjà été effectuée par Papa bar Aggai (début du 4ème siècle), mais celui-ci, malgré le soutien des « Pères occidentaux » (les Antiochiens),  avait rencontré une vive résistance.  L’évêque de la capitale est désormais « grand métropolitain et chef de tous les évêques ».  Le concile est approuvé par le roi des rois qui menace de châtiment les dissidents. L’évêque de Séleucie-Ctésiphon devient le « pape » de l’Eglise perse et ne peut être jugé par personne. Dans les faits, son autorité est fortement contestée. En 424, l’évêque de Séleucie-Ctésiphon se déclare indépendant de celui d’Antioche et prend par la suite le titre de catholicos-patriarche.  En dessous de lui, il existe 5 métropolitains hiérarchisés. En 423-424 se tient le synode de Markhabta qui décide de l’autonomie doctrinale et disciplinaire de l’Eglise de Perse. On peut y voir une  volonté de distanciation vis-à-vis de l’Eglise de Constantinople, pour éviter que les chrétiens de l’empire perse, ne soient accusés de pactiser avec les Romains.

       Contrairement à ce qu’indique le nom courant (« Eglise nestorienne »), aujourd’hui abandonné, le principal docteur de l’Eglise n’est pas Nestorius mais Théodore de Mopsueste. Nestorius n’arrive qu’en troisième position après Diodore de Tarse. La position doctrinale semble être établie par le synode de Bet Lapat (canons perdus) de 484, confirmé par les conciles d’Acace (486) et Babaï (497).  A la fin du 5ème siècle, l’Ecole des Perses est transférée à Nisibe. Celle-ci s’occupe notamment des traductions. Ainsi Mar Aba, au milieu du 6ème siècle, rapporte des ouvrages nestoriens et les fait traduire en syriaque.

       Cette domination de la christologie nestorienne n’est cependant pas totale. On connaît une activité missionnaire monophysite et à  partir du 6ème siècle se développe aussi une hiérarchie monophysite parallèle. La lutte entre les deux Eglises passe même par la coiffe, puisqu’ Abraham l’Aîné impose la tonsure à ses moines pour les distinguer des « sévériens ».  Sous Xusro II, l’Ecole de Nisibe est même dirigé par un « hérétique » : Henana.  Le christianisme nestorien a lui aussi une activité missionnaire puisqu’il se répand en Asie centrale et même en Chine, où il survit pendant plusieurs siècles.


[1] Les 73 canons mis sous le nom de Marutas de Maïpherqat (fin IVe-début Ve siècle) et ajoutés au concile de Nicée ne sont pas considérés comme authentiques.

 

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